Lettre ouverte à M. Vincent Kaufmann, Directeur de la fondation ETHOS

Monsieur le Directeur,

Nous nous permettons de vous adresser la présente afin de vous demander quelques éclaircissements au sujet de la stratégie d’investissement proposée par la Fondation Ethos ainsi que la société Ethos services et de leur engagement respectif pour la lutte contre le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité.

Parmi les 8 principes de votre Charte, vous indiquez vouloir favoriser un investissement socialement responsable en appliquant notamment des critères environnementaux, cela au bénéfice de la société civile actuelle et future. Cependant nous remarquons que, selon votre indice Ethos on MSCI World, dans le domaine énergétique, seules sont exclues les entreprises réalisant plus de 5% de leur chiffre d’affaires global dans les secteurs de l’énergie nucléaire et le charbon. Bien que les mesures précitées nous réjouissent, nous souhaiterions connaître les motifs pour lesquels Ethos, qui se dresse en garant de la durabilité, n’exclut pas toutes les sources d’énergies fossiles telles que le pétrole et les gaz non conventionnels. Vos rapports stipulent que seuls les placements dans les compagnies d’extraction de charbon et seules les centrales nucléaires sont à exclure de vos investissements pour les considérer comme “vert.” Nous nous étonnons également de voir que vous n’encouragez aucunement le désinvestissement de ces énergies fossiles, tout en prônant la protection des générations futures, cela en représentant quelques 226 caisses de pension en Suisse, ce qui représente plusieurs centaines de milliards de francs suisse.

Par cette lettre, nous souhaitons donc publiquement vous demander votre position et votre stratégie de désinvestissement des énergies non renouvelables et quelle position vous réservez en particulier aux gaz et au pétrole dont vous ne découragez pas l’investissement dans vos rapports et activités. Ce d’autant plus que vous avez récemment fait savoir dans le journal Le Temps qu’il fallait arrêter le greenwashing et passer des paroles aux actes. Selon vous, est-ce la stratégie d’investissement recommandé par Ethos est conforme aux accords de Paris sur le climat ? Permet-elle la mise en place de solutions concrètes visant des résultats positifs et mesurables pour accompagner la lutte contre le changement climatique ? Dans le cas contraire, considérez-vous encore agir au bénéfice de la société civile future ?

Nous notons certes l’existence de votre programme d’engagement « ETHOS Engagement Pool international », mais il semblerait que celui-ci ne prévoit comme objectif que de faciliter et de « préparer [8 compagnies d’électricités] à un avenir faible en carbone », engagement qui ne semble n’être ni contraignant ni mesurable. Est-il nécessaire de rappeler ici que les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone (CO2) d’origine anthropique devraient être réduites d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030 pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C? Ce programme constitue-t-il selon vous une réponse suffisante à l’urgence climatique ?

Vous n’êtes certainement pas sans savoir que des caisses de pensions telles que la Fondation ABENDROT et HELVETAS Swiss Intercooperation (PVS) ont déjà inscrit des critères d’exclusion plus restrictifs que ceux prônés par votre indice en supprimant leur investissement dans les énergies fossiles. Qu’attend donc Ethos pour leur emboiter le pas et protéger efficacement les générations futures ? Quand Ethos compte-t-il appliquer des critères de sélection et d’exclusion dans le cadre de l’ETHOS Engagement Pool qui respectent les accords de Paris sur le climat ?

Et puisque vous dites défendre les intérêts de la société civile future, nous attirons également votre attention sur les recommandations d’AXA et de WWF pour la biodiversité, découlant du dernier rapport de l’institut IPBES. Ces recommandations soulignent que la disparition potentielle des services écologiques fondamentaux met en péril non seulement la population, mais aussi les activités qui en dépendent. Selon lui, la destruction de la biodiversité peut être enrayée par les investisseurs, soit notamment les caisses de pensions que vous conseillez et représentez. Ainsi, pouvez-vous nous indiquer quelle est la stratégie d’Ethos pour créer les conditions favorables à la transition vers la protection, la restauration et la promotion de la biodiversité ? Est-ce que la stratégie d’investissement que vous proposez, encouragez et réalisez dans vos mandats de représentation respecte les Objectifs d’Aichi ? Dans le cas contraire, considérez-vous encore agir au bénéfice de la société civile future ?

Étant assuré de recevoir de votre part des éclairages et explications précises quant aux questions soulevées dans la présente lettre, ayant pris bonne note de votre engagement public contre le greenwashing, nous nous réjouirions de constater que votre Fondation et votre société comptent bien effectuer le virage urgent et indispensable à la lutte contre le changement climatique et ses effets ainsi que la lutte contre la destruction de la biodiversité.

Dans cette attente, recevez, Monsieur le Directeur, nos salutations les plus militantes,

La Grève du Climat

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